COURS   :          À quoi reconnaît- on une œuvre d'art ?

 

 

Introduction :

  

L'art contemporain laisse souvent  le spectateur perplexe face à des objets insolites et déconcertants à l’instar de  La Fontaine de Duchamp.     C’est pourquoi on peut se demander sur quels critères on peut juger qu’une œuvre relève véritablement de l'art.  On  serait alors conduit à énoncer  des critères sur lesquels fonder la définition de l’art.

 

Mais n’est-il pas paradoxal d'affirmer l'existence de tels critères en matière esthétique ? En effet, le critère principal de l’art est le beau  or le jugement concernant la beauté paraît subjectif.  De plus, on remarque que les critères de l’art  ont évolué en fonction des sociétés et des époques. Enfin, vouloir imposer des règles de l'art  pourrait brimer la liberté de l'artiste.

 

Pourtant, si l'on refuse l'idée de critères ou de normes, n’importe quelle réalisation peut alors être considérée comme relevant  de l'art. Y a –t-il alors un moyen pour échapper à ce dilemme entre l’imposition de critère qui emprisonne l’art et l’arbitraire total ?

 

 

I /De la technique à la création.

 

 

1/ Définition générale de l'art

  

On dit que l’art représente  ce que l’Homme ajoute à la nature et on distingue ce qui relève d'une production humaine et ce qui relève d'une production naturelle. Dans une œuvre on trouve une intention et la poursuite d'un but volontaire.

 

Dans ce premier sens on ne distingue pas encore ce qui relève de l'artisanat et ce qui relève proprement des Beaux-Arts. D'ailleurs jusqu'à la Renaissance, on ne distingue pas véritablement l'artiste et l'artisan.

   

2/ L’art et la technique

  

En effet, l'art est avant tout associé à un ensemble de technique, c'est-à-dire un ensemble de savoir-faire qui permet de produire une œuvre. Ainsi pour Aristote l’art est une disposition à produire accompagnée de règles.

 

 

En ce sens, l'art peut s’apprendre et s'enseigner,  il y a des écoles on apprend l'art mails il faut remarquer que l'art s'apprend avant tout par la pratique : il s'agit d'un savoir-faire et l'expérience est importante. (On distinguera alors la science qui est théorique et explique les règles générales et l’art qui se rapporte à des cas particuliers). 

 

C’est cette dimension technique qui  permet en premier lieu de juger une œuvre et de distinguer ce qui relève d'un simple amateurisme et ce qui relève d'un talent plus confirmé.

 

Ainsi dans tous les arts, on retrouve cet  aspect technique ce qui est mis en avant dans le passage du texte d’Alain (Emile Chartier) extrait du Système des beaux-arts.

 

 

TEXTE : 

 

 

Puisqu'il est évident que l'inspiration ne forme rien sans matière, il faut donc à l'artiste, à l'origine des arts et toujours, quelque premier objet ou quelque première contrainte de fait, sur quoi il exerce d'abord sa perception, comme l'emplacement et les pierres pour l'architecte, un bloc de marbre pour le sculpteur, un cri pour le musicien, une thèse pour l'orateur, une idée pour l'écrivain, pour tous des coutumes acceptées d'abord. Par quoi se trouve défini l'artiste, tout à fait autrement que d'après la fantaisie. Car tout artiste est percevant et actif, artisan toujours en cela.  (…) Ainsi la méditation de l'artiste serait plutôt observation que rêverie, et encore mieux observation de ce qu'il a fait comme source et règle de ce qu'il va faire. Bref, la loi suprême de l'invention humaine est que l'on n'invente qu'en travaillant. Artisan d'abord. 

Emile Chartier dit ALAIN  Système des beaux –arts

 

 

  

Alain reprend la distinction entre l'artiste et l’artisan qui s'est établie à partir du XVIIIe siècle. En effet,  les artistes ont revendiqué  un statut libéral pour se distinguer  des artisans qui travaillent à la commande. En parallèle, les valeurs propres aux Beaux-Arts ont été mises en avant. La création, l'originalité deviennent des valeurs importantes dans l’art.  L'artiste  se définit par la création d’une œuvre singulière qui relève d'une inspiration.

 

Cependant en insistant sur cet aspect de l’art, on risque d'oublier que l'artiste est aussi un artisan, c'est-à-dire qu'il sait faire utiliser des techniques pour travailler la matière et ainsi lui donner une forme.

 

C’est ce que veut rappeler Alain dans cet extrait. Il soutient que l'artiste doit maîtriser des techniques c'est-à-dire des savoir-faire pour passer de l'aspiration à la réalisation concrète d'une œuvre. C’'est dans ce passage que se concentrent toutes les difficultés que l'artiste doit surmonter. La  création est un véritable travail qui exige beaucoup d'efforts et beaucoup d'attention à l'objet sur lequel on s’exerce. Bien sûr, il reste une différence entre l'artiste et partisan puisque l'artisan doit réaliser des productions qui sont fonctionnelles ce qui n’est pas le cas pour l’artiste. La suite du texte (qui n'est pas dans cet extrait) insistera d'ailleurs sur les différences.

 

  

3/ La création

  

 

Si la technique est essentielle à l'art, elle ne suffit pas  pour définir totalement les Beaux-Arts qui relèvent avant tout de la création et de la recherche esthétique. Kant définit les Beaux-Arts comme une création du génie. Kant  exprime l'idée d'une originalité propre à chaque grand artiste qui lui permet d'inventer un style ou des formes nouvelles. 

 

 Or il n’y a pas de technique pour apprendre à créer une œuvre inédite, nouvelle. Tout au plus pourrait-on apprendre à imiter ce que d’autres ont déjà créé.

 

 

 

Ainsi la création relève d’un don que la nature a pu faire à certains hommes. La création ne peut pas s'expliquer totalement. C'est pourquoi  on oppose souvent le talent de Salieri et le génie de Mozart. Le premier par son travail réussit à  reproduire les styles de son époque tandis que Mozart crée dès ses premières oeuvres un nouveau style. Le génie donne ses règles à l'art, règles qui seront reprises par d'autres compositeurs jusqu'au moment où un nouvel artiste vienne tout bouleverser et révolutionner.  

 

Dans cette perspective, il ne s'agit plus pour l'artiste d’imiter la nature ou de reproduire des modèles d’œuvres existantes, il   doit laisser s'exprimer sa subjectivité au travers d’une expression artistique.

 

 

En résumé, on trouve une double dimension dans l’art :   la dimension technique  qui peut s'enseigner et  dans les beaux-arts  et  la création qui donne à chaque œuvre son caractère singulier. Cet aspect de création  est surtout mis en valeur à partir  du XVIIIe siècle. L’art doit exprimer la personnalité de l'artiste et  ne plus se contenter de représenter la nature ou illustrer des messages religieux. Toutefois cette originalité de la création peut choquer le goût du public, on peut alors s’interroger sur le rapport entre l’art et la beauté.

 

Cette question des critères de l’art s’est posée de façon originale lors de l’importation aux Etats Unis d’une œuvre de Brancusi nommée l’Oiseau et pour laquelle les douanes avaient imposés une taxe considérant cet objet comme « objet manufacturé », le procès qui suivi permis aux collectionneur d’expliquer pourquoi cet objet devait être considéré comme une œuvre d’art.

 

 

II/ Beauté et Vérité

 

 

On attribue traditionnellement à l’art une  fonction esthétique. Le terme esthétique vient  du grec « aisthesis »  qui signifie la  sensation. Cela indique  que l’art a un contenu sensible qui touche la sensibilité de ceux qui le reçoivent. Cependant l’art  a aussi un sens et peut figurer une vérité, il concerne alors l’esprit. On ainsi s’interroger sur la place de la beauté dans l'art et sur le rôle du message et du sens que l’art peut révéler.

 

 

 

On associe classiquement l'art avec la beauté, l'expression mêmes « Beaux-Arts » révèle bien cette idée. Pourtant il semble contestable de faire du beau le critère exclusif de l’art :

 

Premièrement le beau semble être subjectif propre à chaque personne (voir l’adage courant : des gouts et des couleurs on ne discute pas). Dans ce cas chacun pourrait trouver qu’une œuvre est à son goût et cela remet donc en cause l’idée même de critère.

 

Deuxièmement,  il y a de la beauté en dehors de l’art dans la nature. On risque alors de considérer que la beauté de l’art et inférieure à la beauté naturelle et que le but de l’art est de reproduire la beauté naturelle.

 

Troisièmement, il existe une esthétique de la laideur qui prend pour sujet des thèmes comme la guerre ou la mort.  ».

 

Pour autant et malgré ces réserves, il faut reconnaître que le beau une place centrale dans l’art.

 

 

 

A/ Esthétique classique.

 

 

 

L’esthétique classique prend ses sources dans l’art grec  et se fonde sur la conception objective du Beau.

 

On pense  alors que le beau est une propriété de l’objet et qu’il résulte d'un juste équilibre entre les formes et des  proportions. Les temples ou les statues sont des exemples de cette recherche de symétrie, d’harmonie.  On recherche même un nombre idéal (le nombre d'or) qui serait   la mesure objective de beauté. Partout, on recherche l'harmonie, la symétrie comme dans la musique ou la poésie. On peut  encore citer l'exemple de Léonard de Vinci avec l'homme de Vitruve qui montre que le dessin s’accompagne d’une recherche géométrique (cercles,lignes..) sur les volumes.

 

 

 

B) Esthétique du XVIIIe siècle

 

 

 

Ce n'est plus dans l'objet mais dans un état du sujet que l'on cherche à définir  la beauté, en d'autres termes on analyse les sentiments qui apparaissent lorsqu'une personne trouve qu'une œuvre est belle, on va alors associer la beauté avec le plaisir, le plaisir esthétique.

 

Kant dans la Critique de la faculté de juger (1789) indique que le beau est la satisfaction d'un plaisir désintéressé et l'auteur cherche à établir une différence entre le plaisir physique et le plaisir esthétique . Dans le plaisir esthétique, c'est avant tout la forme de l'objet, sa figure qui suscite le plaisir esthétique.

 

Bien que subjectif le plaisir esthétique est ouvert à la discussion aux débats dans le sens où on cherche à le faire partager aux autres.

 

Enfin, le plaisir esthétique est lié au libre jeu des facultés c'est-à-dire que l'imagination de l'homme est libre dans ses interprétations, l'homme est en quelque sorte libérer des contraintes réelles.

 

Enfin Kant  soutient qu'il y a une dimension universelle dans certains chefs-d’œuvre qui peuvent  toucher l'humanité tout entière. Il y a dans ces chefs-d’œuvre une profondeur qui peut être interpeler tout être humain.

 

 

 

C/ Esthétique contemporaine  (XXe siècle)

 

 

 

L’art moderne s’affranchi de toute règle y compris du critère de la beauté. L'art n'a pas pour vocation de plaire au public ce qui serait un point de vue « bourgeois » sur l’art. Lequel devrait simplement apporter un agrément. L'art est interprété comme un besoin profond de l'artiste pour exprimer un message. Ce qui compte alors c’est le sens, la signification de l'œuvre.

 

La laideur elle-même peut devenir thème de l’art. On peut se référer au tableau du peintre anglais Bacon.

 

Le beau n'est pas la seule valeur de l’art, on peut aussi trouver la question du sens présent dans l’œuvre. D’où cette question : Y a-t-il une vérité dans l’art ?

 

III  ART ET VERITE

 

 Ce qu'on entend par vérité, c'est un jugement qui correspond à la réalité objective.

L'art ne semble pas du tout permettre à l'Homme de parvenir à une vérité bien au contraire ; il ne nous fait pas connaître la vérité. L'art pourrait alors être dévalorisé par rapport à la science ou à la philosophie. Mais ne peut on pas nuancer ce point de vue en insistant sur la complexité du terme réalité ?

1 L'art éloigne de la vérité

a -> subjectif/ L'art est profondément subjectif. C'est le point de vue d'un Homme particulier. Sa vision de la réalité. #Objectivité de la vérité  ; caractère universel/ ex : la perception « Le terre est bleue comme une orange » Paul Eluard

b-> imaginaire/ l'art éloigne de la réalité / imagination/ irréel - ex le fantastique

b -> illusion/ Même quand l'art cherche à figurer la réalité ; il a recours à un procédé qui est l'illusion

Ex : le trompe l'œil, les illusions d'optique.

C'est dans cette perspective que l'on peut comprendre la critique de Platon vis-à-vis de l'art et plus particulièrement de la peinture. Imitation

« L 'imitation est donc loin du vrai, et si elle façonne tous les objets, c 'est, semble-t-il, parce qu 'elle ne touche qu 'à une petite partie de chacun, laquelle n'est d'ailleurs qu'une ombre- Le peintre, dirons-nous par exemple, nous représentera un cordonnier, un charpentier ou tout autre artisan sans avoir aucune connaissance de leur métier : et cependant, s'il est bon peintre, ayant représenté un charpentier et le montrant de loin, il trompera les enfants et les hommes privés de raison, parce qu 'il aura donné à sa peinture l'apparence d'un charpentier véritable- » Platon. La République.

 

Pourtant faut- il condamer l'art ?

2/ L'art révèle la vérité

Le terme réalité est complexe ; réalité matiériellc, mais aussi réalité spirituelle.

Heidegger "L'oeuvre d'art est un avènement de la vérité."

 L'art révèle l'esprit d'un peuple

- Hegel - les conceptions religieuses trouvent leurs expressions dans l'art.

2 L'art révèle une vérité sur l'Homme

Aristote la catharcis

3/ La perception de l'artiste

-> Rupture avec l'habitude

Bergson

->Faire ressortir les conditions même de la perception sensible

Lumière, mouvement, espace, temps prennent forme et vie au travers des oeuvres

 

Bilan :

 

Si dans une première analyse, on doit admettre qu'il n'y a pas de vérité objective dans l'art, un examen plus attentif du problème révèle que l'art  peut nous mettre au contact du monde si nous savons prendre le temps de l'apprécier et de le ressentir. L'art fait aussi bien échos au sens qu'à l'esprit et c'est pourquoi il est capable de révéler des vérités sur l'Homme, sur la société et le monde qui nous entoure.