NOUVEAU COURS  2019

 

 

                                                   

 

                                                  Cours philosophie -  Terminale Littéraire-      -   Avril 2019

 

   

 

Quelle valeur accorder à la morale ?

 

 

 

La morale désigne un ensemble de règle de conduites associées à des valeurs comme le bien et le mal, le juste et l’injuste.  Ces règles sont fixées par le groupe social d’appartenance mais peuvent aussi provenir de la conscience de l’individu qui se sent intérieurement obligé de les respecter indépendamment du jugement d’autrui.  C’est d’ailleurs cet aspect d’obligation intérieure qui fait la force du devoir moral.  Une personne peut en effet éprouver un sentiment de mauvaise conscience en contrevenant à une règle alors même qu’il n’y a aucun témoin extérieur qui puisse la juger.

 

 On peut alors s’interroger sur l’existence et l’origine de cette obligation morale. Celle-ci  est-elle seulement le résultat d’un conditionnement social qui commence dès l’enfance ou bien traduit-elle l’autonomie du sujet moral capable de se fixer ses propres normes ? Dans cette hypothèse d’où proviennent les principes qui guident la conscience morale de l’individu ?

 

On peut aussi s’interroger sur les conséquences des principes moraux sur l’existence humaine: rendent-ils les hommes plus libres ou plus heureux alors même que les règles imposent des impératifs à suivre et des interdictions à respecter ; ces derniers pouvant s’opposer à la satisfaction des intérêts personnels et à la recherche des plaisirs. Les valeurs morales ont-elles toujours de bonnes conséquences comme on pourrait spontanément le croire ou bien représentent elles un « poison » qui fait naitre en l’Homme une conscience coupable et malheureuse ? La morale n’est-elle pas dans ce cas une forme d’idéologie aliénante imposée par une classe dominante ?

 

Ainsi poser la question de la  valeur des valeurs  morales  relève d’une véritable interrogation philosophique qui n’est pas une simple approche descriptive comme peut l’être l’approche sociologique ou ethnographique ni prescriptive comme  « les sermons » qui peuvent être adressés par des autorités (famille, école, religion) . Cette interrogation relève d’une démarche proprement réflexive et critique ayant pour but d’examiner nos propres jugements de valeurs pour se questionner sur leur bien fondé.

 

 

 

I/ L’origine des valeurs morales

 

 

 

1/ Le devoir moral – Contrainte ou obligation ?

 

La morale est associée à un ensemble de règles auxquelles l’individu est tenu de se conformer. Ces règles sont d’abord liées à l’existence sociale et sont définies par le groupe d’appartenance. L’étymologie du terme « moral » recoupe le latin « mores » qui désigne les mœurs, les coutumes, les habitudes de vie.  L’individu est tenu de respecter les règles du groupe sous peine de sanctions qui peuvent aller du jugement réprobateur (mauvais regards, blâmes…) jusqu’à l’exclusion voire la violence ou le meurtre.  On pourrait alors penser que devoir moral n’est qu’une contrainte qui s’oppose à la liberté de l’individu.

 

Pourtant, on constate que beaucoup de personnes respectent les règles morales alors même qu’elles ne sont plus soumises à un regard extérieur et n’encourent aucune sanction en désobéissant. Elles agissent uniquement en fonction de ce que leur dicte leur conscience du bien et du mal.

 

Dans certaines situations, on trouve même des personnes qui s’opposent aux règles de la société et se mettent en danger en dénonçant leurs  injustices. Elles agissent alors en leur « âme et conscience » ressentant alors une forte obligation intérieure. On pourrait dans ce cas distinguer la contrainte et l’obligation   (même si ces deux termes sont pris pour synonymes dans le langage courant).

 

 La contrainte n’est qu’une force extérieure qui joue comme une menace. A l’inverse l’obligation provient de la personne elle-même, elle est liée à la conscience du bien et du mal. Ainsi l’existence de ce sentiment pourrait être interprété comme la preuve de l’autonomie de la conscience morale par rapport aux règles de vie sociales imposées par le groupe.  Pourtant rien n’est aussi sûr car la conscience morale de l’individu peut résulter de l’intériorisation des normes imposées par la société.  Il s’agit alors de s’interroger plus précisément sur l’origine des principes moraux et sur l’autonomie de la conscience de l’individu.

 

 

 

2/ L’origine sociale de la morale

 

Il semble logique d’admettre que la conscience morale résulte d’une intériorisation des normes et valeurs de la société, cette conscience est alors façonnée dès l’enfance par l’éducation, la culture, les normes sociales. D’ailleurs la morale s’intègre le plus souvent à un ensemble de représentations culturelles, religieuses ou philosophiques. Cette idée est mise en avant dans les sciences humaines comme la sociologie, l’ethnographie.

 

Le rôle de la famille et des parents est sans aucun doute déterminant dans l’apparition des idées morale de l’individu. (processus de socialisation primaire mis en avant par la sociologie). Ansi les incitations au bien, les interdictions, le système de récompense et de punition, le rôle des exemples jouent un rôle décisif.

 

Dans cette perspective les travaux de Freud sur l’inconscient renforce cet idée d’une origine sociale de la morale. Freud soutient ainsi que l’enfant intériorise très jeune les interdits (notamment l’interdit de l’inceste au travers du complexe d’Œdipe) , ces interdits forment progressivement le surmoi qui est l’une des trois instances du psychisme humain avec le ça (les pulsions) et le moi qui tente d’adapter les pulsions avec les exigences du surmoi et avec la réalité. Cette force du surmoi est d’autant plus importante qu’elle reste inconsciente ce qui pourrait expliquer pourquoi l’apparente autonomie de la conscience morale n’est qu’une illusion.

 

  Quoiqu’il en soit l famille constitue indéniablement l’une des sources les plus importantes de la morale de l’individu mais la famille n’est que le relais des valeurs de la société.

 

Pour Durkheim fondateur de la sociologie, la société constitue la source des valeurs qui sont intériorisées par l’individu. Ce dernier écrit : « quand notre conscience parle, c’est la société qui parle en nous ». L’individu se trouve ici soumis à un déterminisme social. Ses valeurs sont le reflet d’un conditionnement et l’obéissance de l’individu est liée aux habitudes qu’il a contracté dès son plus jeune âge. Les normes semblent d’autant plus légitimes qu’elles seront plus largement suivies par les autres membres du groupe social (le rôle des exemples est très important).  Ces règles pourront même paraître « naturelles » au fil du temps faisant presque disparaître leurs origines sociales.

 

A contrario un enfant qui aurait vécu sans contact avec le groupe social n’aurait aucune idée des normes morales comme le tend à l’établir l’étude des enfants abandonnés et qui ont du survivre par leurs propres moyens. L’exemple le plus connu étant celui de Victor, l’enfant sauvage de l’Aveyron dont l’histoire a été rendue célèbre grâce aux travaux du docteur Itard et au film de François Truffaut.

 

  Cela pose d’ailleurs la question de la valeur de ces règles.  Elles semblent utiles pour la stabilité et la cohésion du groupe mais sont-elles vraiment bonnes pour l’épanouissement de l’individu ?  D’autre part, ces règles sont-elles respectées parce qu’on les trouve bonnes ou bien seulement par habitude, par intérêt, par peur de la désapprobation d’autrui. Peut- on être « moral » pour des raisons non morales ?

 

Plusieurs conséquences peuvent être déduites de ces analyses. En premier lieu, si la morale est par essence sociale alors on constate que les valeurs qu’elle promeut sont relatives aux sociétés et aux époques confirmant l’adage : « autre temps, autres mœurs ».  Le relativisme insiste d’ailleurs sur les différences entre les sociétés pour montrer le peu de valeur de nos prétendues principes moraux et surtout sur le fait qu’il n’est pas légitime de juger la morale d’autres sociétés.   En second lieu, il est difficile de distinguer les règles purement morales et des conventions sociales plus larges telles que les règles de la bienséance, de la politesse ce qui conduit aussi à  relativiser leur importance.

 

Mais d’où vient alors la conviction que le bien et le mal ne sont- pas seulement relatif  à une société et à une  époque particulière mais sont associées à des  valeurs universelles ? Massacrer des enfants ou torturer des innocents par exemple semble être des actions traduisant un mal absolu qui ne dépend pas seulement des normes sociales.  Est-ce une illusion ou bien existe-t-il d’autres sources de la morale qui pourrait les expliquer voire justifier cette conviction ?

 

 

 

3/ L’origine intérieure des principes moraux      

 

On peut aussi constater qu’un individu peut s’opposer aux valeurs de sa famille et même lutter contre celles de son groupe social. Où trouve- t -il alors ses convictions morales ?  Ne serait-il pas possible de découvrir dans la nature même de l’Homme les fondements d’une morale qui existerait indépendamment des règles du groupe social ?   Ne pourrait-on pas tourner nos regards vers la nature même de l’Homme ?

 

 

 

A/ Le sentiment moral

 

 Rousseau soutient qu’il existe en l’Homme un sentiment inné de justice que l’Homme peut découvrir par  sa conscience dans son œuvre l’Emile ; il écrit « conscience, conscience, instinct divin, guide infaillible d’un être ignorant et borné ».   Cette formule insiste sur le fait que n’importe quel Homme malgré toutes ses imperfections peut trouver en lui-même des principes moraux s’il sait écouter la « voix de sa conscience » sans se laisser influencer par les préjugés de la société.

 

Cette idée est explicitée dans le  Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les Hommes.  Rousseau met en évidence qu’il existe dans le cœur de l’Homme un sentiment naturel qu’il nomme la pitié et que l’on pourrait exprimer par compassion (du latin : cum patior, « je souffre avec »  et du grec Sum Patheia « συμ πἀθεια »).

 

 

 

Il est donc certain que la pitié est un sentiment naturel, qui, modérant dans chaque individu l'activité de l'amour de soi-même1 concourt à la conservation mutuelle de toute l'espèce. C'est elle qui nous porte sans réflexion au secours de ceux que nous voyons souffrir: c'est elle qui, dans l'état de nature, tient lieu de lois, de mœurs et de    vertu, avec cet avantage que nul n'est tenté de désobéir à sa douce voix: c'est elle qui détournera tout sauvage  robuste d'enlever à un faible enfant, ou à un vieillard infirme, sa subsistance acquise avec peine, si lui-même espère  pouvoir trouver la sienne ailleurs; c'est elle qui, au lieu de cette sublime maxime2 de justice raisonnée: « Fais à autrui  comme tu veux qu'on te fasse », inspire à tous les Hommes cette autre maxime de bonté naturelle bien moins parfaite, mais plus utile peut-être que la précédente: « Fais ton bien avec le moindre mal qu'il est     possible ». C'est, en un mot, dans ce sentiment naturel, plutôt que dans des arguments subtils, qu'il faut chercher la cause de la répugnance que tout homme éprouverait à mal faire3, même indépendamment des maximes de      l'éducation.                                                                                Rousseau, Discours sur l’origine et les fondement de l’inégalité parmi les hommes.  (1755)

 

Vocabulaire :     1 L'amour de soi-même = sentiment naturel qui porte à la conservation de soi.

 

Rousseau l’oppose à l’amour propre qui se développe dans le contact social. L’amour propre (orgueil) qui pousse à tout sacrifier pour s’attirer l’admiration des autres.

 

2 Maxime : principe de conduite

 

3 Mal faire1   = Faire du mal

 

 

 

                    Le texte de Rousseau se situe dans une analyse de l’Homme dans sa condition naturelle,  l’état de nature   (situation originelle que Rousseau tente de retrouver en ôtant tout ce que la vie sociale à pu apporter à l’Homme). Il décrit l’Homme sur le plan physique (fort et robuste)  mais aussi sur le plan moral. Rousseau soutient clairement qu’il existe en tout homme un sentiment naturel qui le pousse à ne pas nuire à autrui quand cela n’est pas indispensable à sa survie.  « Il est donc certain que la pitié est un sentiment naturel » ; « c'est elle qui détournera tout sauvage    robuste d'enlever à un faible enfant, ou à un vieillard infirme, sa subsistance acquise avec peine, si lui-même espère pouvoir trouver la sienne ailleurs »

 

Cette thèse semble paradoxale quand on considère toutes les atrocités que l’Homme peut commettre sans éprouver une quelconque compassion pour ses victimes. Comment Rousseau peut il affirmer l’existence de ce sentiment moral ?

 

Rousseau met en avant l’idée que la nature pousse tout homme à la conservation de soi-même, c’est le premier sentiment éprouvé par l’Homme, l’amour de soi se situe dans la continuité de l’instinct de survie. Mais la nature ne s’est pas limitée à mettre en l’Homme cet instinct, elle a aussi mis en œuvre un autre moyen pour préserver la survie de l’espèce toute entière.  D’où l’existence d’un autre sentiment qui peut venir limiter la force du premier et qui consiste à éprouver de la souffrance à voir un autre être homme souffrir. Il s’agit de la pitié que l’on pourrait comprendre dans le sens de la compassion qui signifie littéralement « souffrir avec » quelqu’un. (-patior = souffrir ; cum=  avec ). Il existe en effet un phénomène d’identification qui permet de se « mettre à la place » d’autrui sans aucune réflexion et qui peut aller jusqu’à provoquer un malaise intense face à la souffrance d’une autre personne. C’est dans ce sentiment naturel que se trouve l’origine de la morale chez Rousseau.

 

 Ce sentiment conduit à limiter l’égoïsme de l’individu qui épargnera les plus faibles et les plus fragiles si cela n’est pas absolument indispensable à la conservation.  D’où cet exemple du sauvage (l’homme à l’état de nature) qui laissera à l’enfant ou à un vieillard sa nourriture s’il espère pouvoir trouver la sienne ailleurs. Il ne s’agit pas d’une morale parfaite ou sublime qui consisterait à traiter les autres aussi bien (ou mieux) que soi-même mais une morale réalisable par tous dont le principe se résume avec la formule: « Fais ton bien avec le moindre mal qu'il est   possible ».   Dans le meilleur des cas, ce sentiment pourrait même pousser à venir en aide à ceux qu’on voit souffrir (partager sa nourriture par exemple quand on en a suffisamment). Ce sentiment est inné et ne relève pas des acquis de l’éducation ni du développement de la raison, c’est pourquoi il peut être commun à tous les Hommes.

 

 

 

Plusieurs objections peuvent être toutefois mentionnées contre la thèse de l’existence de sentiments moraux chez l’Homme. Comment expliquer en effet qu’il existe autant de cruauté dans les actions de l’Homme notamment les atrocités lors des guerres et des génocides s’il existe vraiment un sentiment de compassion traduisant la « bonté naturelle » de l’Homme. 

 

La réponse de Rousseau tient à son analyse de la société qui « corrompt » la nature de l’Homme. En développant l’amour de soi, la vie sociale pousse à vouloir écraser les autres et en accentuant les différences, elle nous empêche l’identification avec ceux qui sont éloignés de notre condition sociale. Le riche peut alors très bien laisser mourir de faim l’enfant et le vieillard en leur ôtant le pain de la bouche sans en éprouver le moindre remord.  L’argument de Rousseau est intéressant mais comment peut- on prouver l’existence d’un sentiment qui n’existe plus dans sa forme originaire et dont il ne reste qu’une forme atténuée que nous pouvons encore ressentir mais seulement envers ceux qui nous sont les plus proches ?  

 

Si l’on admet l’existence de ce sentiment, est ce qu’il nous pousserait forcément à accomplir des bonnes actions puisqu’il est irraisonné.  Prenons l’exemple d’un membre du corps médical, s’il voit un patient souffrir terriblement et demander une dose plus importante d’antalgique, sa compassion pourrait l’inciter à satisfaire sa demande alors même que cela pourrait faire empirer son état avec un surdosage. Il faudrait dans ce cas être capable de résister à son inclination et à une forme d’empathie naturelle pour pouvoir bien soigner le patient. Ce raisonnement peut s’appliquer à de très nombreux sujets.  Les sentiments par nature subjectifs peuvent ils véritablement permettre d’établir des principes moraux ?

 

 

 

B/ La morale fondée sur la raison

 

 

 

Kant cherche à établir la morale sur la raison humaine qui seule pourrait établir des principes universels. De même que dans les sciences, la raison est capable d’énoncer des lois universelles de la nature (les lois physiques) ,  de même  il serait  possible d’établir une loi morale valable pour tous les Hommes.  Mais pour trouver cette loi morale, il convient d’interroger la conscience commune et de remonter vers les principes qui la guident. Ainsi dans Les Fondements de la métaphysique des mœurs Kant examine ce que relève une bonne volonté et découvre l’idée de devoir qu’elle implique.

 

 On distingue en effet les actions accomplies conformément par devoir et les actions faites par devoir. Seules ces dernières possèdent un caractère vraiment moral.  Le commerçant honnête par exemple peut être félicité mais s’il a été honnête uniquement pour avoir une bonne réputation et conserver sa clientèle, il n’a pas agi vraiment moralement, son action n’est pas réalisée par devoir mais seulement conformément au devoir. Ce qui compte, c’est donc le principe intérieur qui guide l’action.

 

Mais qu’est-ce que le devoir ?  C’est une action qu’il faut accomplir quoi qu’il en coûte en mettant de côté les inclinations naturelles qui incitent au plaisir ou à la recherche de l’intérêt.  Or seule la raison est capable d’énoncer ce devoir dans sa façon la plus pure.

 

La morale prend donc pour Kant  a forme d’un impératif catégorique, un ordre inconditionnel, un   « Tu dois »  qu’il faut distinguer des impératifs hypothétiques de la prudence ou de l’habileté qui ne sont que des conseils ou des recommandations de la raison ( si  l’on veut rester en bonne santé alors il faut pratiquer un sport).  Mais que commande précisément la raison ?  Quelle est la nature de ce « tu dois » ?  Kant l’exprime au travers de plusieurs formules qui insistent sur l’universalité de la loi morale, le respect de la personne et l’autonomie du sujet moral.

 

La première formule est la suivante , « agis toujours comme si la maxime de ton action pouvait valoir comme une loi universelle ».

 

Ainsi Kant cherche à formuler un principe simple qui permette dans chaque situation de savoir si l’action est morale ou pas. L’opinion courante admet qu’il ne faut pas faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’ils nous fassent. Cette formulation reste subjective et Kant tout en conservant l’idée générale la reformule en des termes beaucoup plus précis.

 

Les actions qui ne peuvent être universalisées sont contraires au devoir.  L’on peut prendre l’exemple d’une fausse promesse. On veut bien mentir et promettre de rendre l’argent tout en sachant qu’on ne pourra pas le faire   pour se sortir d’une mauvaise situation mais  si l’on universalise cette action, on se rend compte qu’elle se contredit et qu’aucune personne ne prêterait d’argent si la règle générale était de mentir en prétendant le restituer.

 

De même on peut vouloir mentir pour se sortir d’une mauvaise situation mais on ne peut vouloir que le mensonge devienne une loi universelle car si tout le monde mentait toujours , il ne serait même plus possible de mentir. Le mensonge n’est possible que la base de la véracité (dire ce que l’on pense vrai).

 

Ces actions deviennent contradictoires, illogiques dès qu’on les universalise.   En revanche une action que l’on peut universaliser est conforme au devoir.

 

La seconde formule de l’impératif catégorique complète et précise la première :  « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans le personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin et jamais seulement comme un moyen ».  La personne humaine pour Kant est toujours digne de respect en toute circonstance et même si dans nos relations sociales il existe des relations de services avec les autres , il faut toujours les respecter en tant que personne (comme des fins en soi et non de simples moyens). 

 

La dernière formule de l’impératif catégorique insiste sur l’autonomie humaine et l’on comprend que la loi à laquelle il faut obéir et la loi qui vient de sa raison et non une loi extérieure qui serait celle d’un groupe social ou d’un Etat par exemple.  Ainsi cette morale serait compatible avec l’exigence d’une liberté comprise au sens d’autonomie ( qui consiste à se donner à soi-même sa loi –-> grec :  auto =soi-même ; nomos la loi).

 

La morale de Kant peut être qualifiée de déontologique ( du grec déon  = ce qui doit être réalisé) , elle définie un ensemble de principe qui s’impose à tout être humain doué de raison et prétend ainsi à l’universalité.  Pourtant une telle morale est elle vraiment applicable dans chaque situation ?  Sa rigueur ne la rend-elle pas impossible à réaliser.  Si la morale prend la forme d’un devoir facilite t-elle ou non l’existence de l’Homme ? Les exigences qu’elle impose sont elles finalement positives ou nuisibles ?

 

 

 

II La valeur de la morale

 

Le rôle et la valeur de la morale restent sujet à débats quand on considère ses conséquences sur la société et l’individu.

 

 

 

 

 

 

 

1 Les éloges de la morale :

 

 

 

La morale a une fonction sociale de premier plan comme l’indique Bergson dans les deux sources de la morale et de la religion. Elle facilite la cohésion ;  les échanges et la bonne entente entre les individus ; les bonnes actions appelant une forme de  réciprocité qui induit un cercle vertueux.  Ne pas tuer, ne pas voler, tenir ses promesses seraient les conditions d’une vie sociale harmonieuse. Dans ce cas les problèmes dans la société et « l’insociable sociabilité » pour reprendre la formule de Kant viendraient alors uniquement de ceux qui ne sont pas assez vertueux et qui agissent dans le sens contraire de la morale du groupe.  

 

On peut souligner aussi l’intérêt de la morale sur l’individu lui-même qui pourrait par son moyen contrôler ses désirs et devenir plus responsable de ses décisions.  C’est d’ailleurs dans cette perspective du perfectionnisme moral que Socrate affirme qu’être injuste envers les autres , c’est en vérité nuire à soi-même car le bonheur véritable est d’abord l’accord entre les différentes parties de son âme.

 

Toutefois cette approche de la morale peut être remise en question quand on prend en compte d’autres aspects de la morale.

 

2 Les critiques de la morale

 

Cet éloge de la morale reste néanmoins sujet à caution si on prend en compte d’autre aspects moins glorieux.  En effet une forme de violence   peut s’associer à la morale : une forme de sadisme n’est pas  à exclure  dans la  volonté rendre l’homme « bon »,  le « dressage moral » de l’individu doit s’écrire au fer rouge dans la chaire des Hommes selon Nietzsche (voir aussi Kafka dans la colonie pénitentiaire).  On peut encore le culpabiliser l’Homme et de lui faire payer ses prétendues fautes par des sacrifices.   La violence peut aussi se déchainer contre ceux qui n’ont pas une attitude conforme aux attentes du groupe (voir les agressions contre les homosexuels par exemple). Cette violence se donne alors le visage de la bonne conscience qui lutte contre des gens immoraux). Elle s’attaque aussi à ceux qui ont une morale différente de celle dominante dans le groupe et qui alors considérées comme une menace.  C’est ainsi que pour mieux évaluer la morale, il faudrait en établir la généalogie et prendre en considérations ses origines selon les penseurs du soupçon. (Nietzsche, Marx et Freud).

 

 

 

A La critique de Nietzsche

 

Nietzsche cherche à dévoiler les origines des idées morales dans la Généalogie de la morale dans laquelle l’auteur cherche à démontrer les arrières pensés de la morale qui a été établit pour des raisons non morales : la volonté de dominer, le désir de faire souffrir.

 

Le mot devoir viendrait selon cette analyse du mot dette qui lorsqu’elle ne pouvait être remboursé donnait au créancier le droit d’infliger un châtiment, un supplice à celui qui ne peut pas rembourser. Dans cette morale archaïque, la souffrance et la vie représente alors une monnaie d’échange mais il restait encore possible de payer physiquement sa dette. Or cette idée de dette va prendre une tournure encore plus « sournoise » avec la morale judéo-chrétienne car la dette de l’homme va être si immense qu’il ne pourra jamais la rembourser :  il devra alors la payer par une souffrance morale elle-même sans limite dans sa durée et dans son intensité.  Mais quelle est cette dette ? C’est la dette de l’humanité envers Dieu, celle d’avoir tué son fils. La faute irréparable donnera naissance à la mauvaise conscience, à la conscience coupable qui choisit de retourner la violence et la haine contre soi-même. Mais comment ces idées se sont- elles mises en place ?

 

Nietzsche explique qu’un renversement des valeurs a été effectué par les plus faibles.  Ainsi il oppose une morale aristocratique celle des forts qui valorise la vie et la création et une morale du ressentiment, de la mauvaise conscience, celle des faibles qui ont réussi à imposer leurs propres valeurs fondées sur la culpabilité.  Ainsi cette morale brise l’énergie de la vie pour faire place à forme de ressentiment qui secrète de la haine envers ceux qui sont heureux de vivre et d’aimer la vie.

 

 

 

B La critique de Marx

 

Marx dénonce une morale imposée par les dominants pour mieux aliéner les opprimés. Ainsi la forte valorisation du travail présente dans la morale judéo-chrétienne avantage les dominants qui exploite les travailleurs. La promesse d’une vie meilleure conduit Marx à critiquer la religion qu’il dénonce comme l’opium du peuple.

 

 

 

III Les conflits de devoir  

 

La spécificité de la morale Kantienne 

Mooc Ethique de l'Université de Genève  Le conséquentialisme

Mooc Ethique de l'Université de Genève  L'utilitarisme

L'enfant sauvage, Truffaut - La punition injuste


 

 

 

 

                                          Cours :   La morale    Plan rapide

 

 

 

Définition : Ensemble de règles qui définissent le bien et le mal

 

 

 

Problématique : Les principes moraux de la conscience sont-ils innés ou acquis ?

 

 

 

L’enjeu du sujet concerne l’existence de principes moraux universels. Si l’on affirme que la morale provient de l’éducation et du groupe social alors on est forcé d’admettre que les principes moraux évoluent et même s’opposent : « autres temps, autres mœurs ». En revanche si l’on peut trouver des principes moraux  inscrits en quelque sorte dans la nature même de l’Homme alors on pourrait espérer trouver des critères universels (valables en ce cas pour tous les Hommes).

 

 

 

I La morale en général

 

 

 

1/ Les principes moraux sont acquis :

 

 

 

A/ FREUD    L’éducation     Le surmoi

 

 

 

 

 

B/  DURKHEIM    La société

 

 

 

« Quand notre conscience parle, c’est la société qui parle en nous »

 

 

 

2/ Les principes moraux sont innés :

 

 

 

A/ ROUSSEAU

 

Référence au texte : L’EMILE

 

Conscience  = instinct divin (voix de Dieu en l’Homme)

 

 

 

Bilan – transition : la diversité des conceptions de la morale aboutit à un scepticisme moral. On doute, on ne sait plus ce qui est bien ou mal.   Or il  y a besoin de règles communes. Peut-on alors établir les normes d’une morale universelle ?

 

 

 

II La spécificité  la morale Kantienne

 

 

 

La MORALE FONDEE SUR LA RAISON

 

 

 

Principe de la morale se trouve dans la raison –

Kant cherche à établir des principes pur, a priori, nécessaires.

 

Morale pur = fondée la raison

Morale  a priori    = indépendante de l’expérience.

 Nécessaire = cela ne peut pas être autrement

 

Une action est morale en fonction de l’intention selon laquelle on agit (ex : cadeau) d’où la différence entre l’action conforme au devoir et l’action faite par devoir.  Il faut savoir sur quel principe se fonde l’action .  Pour que l’action soit morale, il faut qu’elle se fonde sur une règle établit sur la raison que Kant nomme l’impératif catégorique et n'obéissent à aucune autre motivation telle que la rechercher de l'intérêt ou du bonheur.
 

 

 

 

La raison formule des règles. L’impératif catégorique

 

 

 

Pour agir moralement, il faut suivre la règle de l’impératif catégorique. A distinguer des impératifs hypothétiques (conseils de prudence ou d’habileté . ex : si tu veux être en bonne santé alors pratique une activité physique).

 

 

 

Universalité :

 

« Agis toujours comme si la maxime de ton action puisse valoir comme loi universelle ».

 

Il s’agit de se demander si nous pourrions vouloir que tout le monde agisse comme nous. Souhaiterions nous que tout le monde agisse de façon identique ? Si ce n’est pas le cas, c’est que notre action est entachée d’immoralité. (ex : le mensonge, le vol, le crime…)

 

  

Respect de l’Homme :

 

La seconde formule de l’impératif catégorique met en avant le respect de la personne humaine : il s’agit de traiter autrui comme une fin  et non comme un moyen.

 

 

 

Autonomie :

 

La dernière formulation met en avant l’autonomie. La loi morale est une règle de conduite que l’on se donne soi-même et qui n’est pas imposée de l’extérieur. (Il s’agit pas de la loi de l’Etat).

 

 

 

 Ainsi Kant a cherché à établir une morale parfaitement rationnelle mais celle-ci est-elle vraiment applicable et n'entraîne t-elle pas des conséquences qui du point de vue du bon sens pourraient s'avérer critiquables ?