LA  CROYANCE ET LA RELIGION

 

Dans toutes sociétés nous trouvons des religions qui prennent des formes diverses et variées : monothéisme, polythéisme. Croyance en un dieu ou à des entités spirituelles. Dans tous les cas la religion admet l’existence d’une réalité au-delà du monde visible et tangible.  Or, il serait sans doute vain de tenter de démontrer par le raisonnement l’existence de ces réalités. On sait par ailleurs qu’il existe d’interminables débats entre ceux qui prétendent apporter des « preuves » de l’existence de Dieu et ceux qui ne cessent de les réfuter.

 

Il faut donc reconnaître que le croyant n’a pas besoin de preuve pour croire comme le souligne Pascal.

 Mais, c’est alors qu’un problème se pose car croire sans preuve ne serait-ce pas une forme de naïveté préjudiciable à l’individu voire à la société ?  La croyance est souvent tenue pour une source d’erreur et d’illusion. En est-il de même pour la religion ? Est-il possible de distinguer la croyance religieuse des autres formes de croyance ? En d’autres termes qu’elle est la spécificité de la croyance religieuse ?

 

 

I : Description du fait religieux

 

La religion peut se définir comme l'ensemble des croyances, des rituels, des dogmes régissant le rapport de l'homme et de la divinité (ou des divinités)   - (Encyclopédie Universalis) .

 

 Le terme religion a une étymologie assez incertaine.  Elle  provient du latin  "religare"  et pourrait signifier « relier » . En partant de cette idée, on peut souligner que la religion relie d’abord l’individu à un groupe, à une communauté d’Hommes et qu’elle relie ensuite le croyant à son  Dieu par le lien de la foi.  Ainsi la religion est tout à la fois un phénomène social que l’on peut décrire de façon sociologique, ethnologique, historique mais aussi un phénomène beaucoup plus intime et personnel qui s’exprime par la foi.

 

 

A/ La religion en tant que phénomène social  

   La croyance religieuse est associée à un ensemble de pratiques culturelles: cérémonies, rituels  et se caractérise par une séparation entre deux mondes, deux univers:  le profane et le sacré.

  

Mircée Eliade, spécialiste des religions précise que la religion "se réfère toujours à l’expérience du sacré."  

 On peut alors préciser que :  "Les choses sacrées sont celles que des interdits protègent et isolent et les choses profanes étant " celles auxquelles ces interdits s'appliquent et qui doivent rester à  l'écart des premières "selon Durkheim.

  

L’attitude religieuse consiste alors à  séparer des espaces, des objets, des personnes qui sont en lien avec le sacré de reste de la société.  C’est typiquement le cas des lieux de culte (Eglise, temples, Mosquées…).  Ces espaces considérés comme sacrés sont  clairement délimités par rapport à tout ce qui est profane (ce qui n’est pas sacré). Le passage d’un espace à l’autre est marqué par des rituels de purification   pour entrer en contact avec le sacré sans le profaner  (manquer de respect à des éléments sacrés).

 

Ce qui est sacré est en lien avec l’existence de puissance(s) ou d’entités considérées comme supérieures.  Ainsi la croyance au sacré est inséparable de la croyance en un absolu (par exemple un dieu, ou aussi à des forces surnaturelles), c’est-à-dire une réalité qui, à la différence de ce qu’on peut observer dans le monde, n’est pas créée, n’est pas limitée dans le temps et l’espace, possède une force ou une puissance qui dépasse tout ce qu’on peut connaitre.

 

Puisque la religion est un phénomène social , il  ne semble pas pouvoir être possible de parler de « religion individuelle », il s’agit de croyance collective. Mais peut-on alors établir une différence entre une religion et une secte ?  Est-ce seulement le nombre de personnes qui ferait la différence ?   

 

 

 

                                                                     

 

 

                                                      [Voir ici l'article : secte ou religion ?]

 

2/ Le lien du fidèle à son Dieu : la  foi

  

 Kant indique que croire  consiste à "tenir pour vrai". Cependant, on trouve des différences de degré dans la croyance. Lorsqu’on dit que l’on croit cela évoque souvent le fait de n’être pas certain et implique le doute  (je crois qu’il fera beau demain, cela signifie que je ne suis pas certain, qu’il y a un doute). Lorsqu’on évoque la croyance en Dieu, il ne s’agit d’une autre croyance, celle de la foi, c'est-à-dire d’une certitude et d’une confiance qui s’opposent au doute.

 

Avoir la foi, c’est donc croire de façon inconditionnelle sans que le doute soit présent (si le doute intervient, c’est que la foi vacille ou s’affaiblit).  C’est cette expérience que traduit sans doute l’épisode célèbre de sacrifice d’Issac dans la Génèse que l’on retrouve dans la religion juive et musulmane : Dieu demande à Abraham de sacrifier son unique fils qu’il aime plus que tout.  La foi d’Abraham est si forte qu’il obéi à ce commandement et s’apprête à tuer son fils quand un ange arrive et remplace l’enfant par un bélier.  Dieu a éprouvé la foi d’Abraham et sait à présent qu’elle est plus forte que tout.  Ainsi le croyant place toute sa vie dans sa foi et dans la confiance qu’il fait à son Dieu.  Cela peut lui donner une force  et  ne assurance qui lui permettent de supporter les épreuves de l’existence.

 

Mais du point de vue extérieur à la foi, le geste d’Abraham peut sembler insensé, irrationnel   La foi peut-elle tout justifier, tout expliquer;  ne risque-t-elle pas de conduire à l’aveuglement et au fanatisme ?    [voir fanatisme].

En tout cas, on peut déjà souligner que la foi modifie totalement l'état d'esprit d'une personne pouvant lui donner la force de résister aux épreuves parfois les plus douloureuses. Elle traduit aussi l'aspiration de l'Homme vers un absolu par rapport auquel il est parfois prêt à tout sacrifier. La croyance conduit elle alors l'Homme vers le bonheur ? Est-ce la manifestation d'une liberté et la découverte d'une vérité ou au contraire un aveuglement qui aliène l'esprit et le maintien dans l'illusion ?

  

 II/ Les critiques de la religion

 

 La religion  est soumise à plusieurs critiques dont les auteurs les plus connus sont Marx, Freud, Nietsche

 

Le non-croyant assimile souvent la religion à une illusion . L'illusion est fondée sur un désir profond.  Une illusion, c'est-à-dire " un espoir qui découle de certains désirs ".  Ceci explique la persistance des illusions.  Dire que la religion est une illusion c'est affirmer qu'elle repose en son fond sur un désir profond de l'homme.  Peur de la mort, besoin de sociabilité, recherche identitaire.

 

La Critique de la religion  ramène la croyance  à des motifs psychologiques, biologiques, sociologiques. Ce n’est pas Dieu qui crée l’homme mais l’homme qui crée Dieu pour donner un sens à sa vie.  Freud explique cela à partir des angoisses humaines que viennent apaiser les idées religieuses dans  son œuvre : l'avenir d'une illusion.

 

-  L’Angoisse de la mort.  L'homme sait qu'il va mourir, il a conscience de sa propre finitude. Or il ressent l'arbitraire de la mort comme une tragédie. Il s'invente alors une vie après la mort pour ne pas sombrer dans le désespoir. 

 

- Besoin d’un  père protecteur :  Selon Freud,  Dieu est une création de notre psychisme, il  répond au besoin d'un père idéal. Freud soutient que dans la croyance religieuse se cache un transfert du sentiment filial, un retour nostalgique à l'enfance sous la protection d'un père juste et tout puissant" La mort du père est la naissance de Dieu".

 

Besoin identitaire :  D'un point de vue sociologique, la religion a une fonction sociale, elle donne une identité.  Les conditions sociales et économiques d'existence peuvent engendrer un sentiment d'exclusion qui  pousse certaines personnes à rechercher leur identité dans la religion.

 

La religion = source d’aliénation

 

Non seulement la religion est le signe d’une faiblesse mais elle maintient l’homme dans la servitude.   Le religion est un instrument de domination selon la critique qu’en Fait MARX que résume sa formule célèbre: « la religion c’est l’opium du peuple ». 

 En promettant que le Justice divine compense les injustices de ce monde et que par le fait  que « derniers seront les premiers », la religion conduiraient les opprimés  à accepter leur existences misérables au lieu de chercher à lutter pour changer le monde dans lequel ils pourraient être plus heureux « ici et maintenant ».  La religion serait alors une instrument de plus entre les mains de la classe dominante.  

 

 

Du point de vue de auteurs qui critiquent la religion, il n’y a pas de différence entre la religion et la superstition. Ce sont deux croyances  qui reposent en grande partie sur l’imagination. On pourrait alors se demander si c’est bien le cas.  Quelle est la différence entre les croyances superstitieuses et les croyances religieuses ? [ voir superstition ou religion ]

Face à ces interrogations , chacun peut prendre la position qu'il lui convient le mieux. Mais choisit -on vraiment d'avoir la foi ?