LE TRAVAIL PERMET IL D'ECHAPPER A LA MORT ?

 

 

 

Le travail se trouve fortement valorisé voire sacralisé dans notre société, cette tendance remonte au 18ème siècle, pourtant le travail reste souvent ressenti comme une contrainte  pénible pour l’individu. L'étymologie même du mot travail, tripalium en latin,  désigne un instrument de torture associant ainsi le travail à l’idée de douleur, de souffrance. C'est également sous l'angle de la punition que le travail est présenté dans la religion chrétienne.

 

On peut ainsi s’interroger  sur  le sens  et la valeur que peut revêtir le travail : permet –il à l’Homme de s’émanciper des contraintes naturelles et de mener une vie pleinement humaine ou bien au contraire le temps passé à travailler n’est –il pas déjà une forme de mort avant l’heure ? Les efforts qu’il exige ne conduiraient-ils pas aussi à l’épuisement et à une mort prématurée ? En somme quel rapport le travail entretient-il avec la vie et la mort ?

 

 

 

I/ Le travail permet le développement de la vie

 

Bien que le travail comporte des contraintes, il a un rôle primordial pour permettre à l’Homme de mener à bien son existence.

 

 

 

A Travail et satisfaction des besoins

 

Le travail désigne d’abord l’activité par laquelle l’Homme produit ses moyens de subsistance. En effet, la nature ne produit pas directement les ressources nécessaires à la satisfaction des besoins humains. La cueillette et la chasse puis l’agriculture montrent à quel point la survie même de l’Homme dépend de son travail.  

 

Dans le même ordre d’idée, le travail dans notre société est assimilé à l’emploi, c’est-à-dire l’activité rémunérée qui permet d’obtenir un salaire en échange de la production de biens et de services. La rémunération permet de satisfaire les besoins indispensables pour vivre.

 

 

 

 

 

B Travail et vie sociale

 

Le travail est l’une des sources primordiale de l’échange dans la société. Très tôt dans l’organisation  des taches s’est opérée une division des métiers (ce qu’on nomme la ventilation du travail). Par exemple, un groupe d’homme jeunes part à la chasse pendant que les plus âgés confectionnent les outils et les vêtements.  Cette organisation rend le travail plus efficace et plus productif. Mais chacun ne produisant pas tout ce dont il a besoin cela impose d’établir des échanges à l’intérieur des groupes sociaux voire entre groupes. Or, plus les échanges sont nombreux et plus la vie sociale et économique s’intensifie.

 

 

 

 

 

C Le travail et le bonheur

 

Le travail permet de satisfaire des besoins mais il peut aussi permettre de bien vivre si l’activité que l’on exerce permet de s’épanouir et correspond à une vocation. Certes le travail reste toujours différent du jeu ou du loisir mais il est moins vécu comme une contrainte lorsqu’il correspond à ce que l’on aime faire.  Cette satisfaction est encore plus importante lorsque le travail donne à l’individu une reconnaissance sociale.

 

Dans le meilleur des cas le travail pourrait contribuer à produire une œuvre qui confère à l’individu une postérité qui immortalise en quelque sorte sa vie. Nous nous rappelons encore aujourd’hui des travaux des grands savants par exemple dont les découvertes ont eu une importance décisive sur l’humanité ou encore les œuvres de certains artistes.

 

 

 

D Le travail et le salut

 

Dans les religions monothéistes, le travail est valorisé. D’après l’œuvre de Max Weber, l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme , le travail est considéré par les Protestants comme le moyen de  sauver son âme de la mort. L’oisiveté est un péché car le rôle de l’Homme sur Terre consiste à mettre en valeur et à faire fructifier la création de Dieu. Associée à un genre de vie frugale et austère, cette conception du travail aurait permis une accumulation de richesses qui est le point de départ du monde capitaliste. (au contraire certains peuples ne produisent que ce qu’ils consomment rejetant le surplus et l’accumulation).

 

 

 

Le rôle moralisateur du travail avait déjà été souligné par Voltaire : « le travail éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin ».

 

 

 

Bilan et transition :

 

On constate ainsi que le travail fait l’objet d’une forte valorisation car le travail serait profitable à la vie de l’Homme mais le fait d’encenser le travail n’est-il pas destiné à tromper les Hommes ? Le travail ne profite-t-il pas d’abord à une classe dominante ou au maintien de l’ordre social en général au détriment de la vie des individus. C’est en ce sens que Nietzsche accuse le travail de représenter. « la meilleur des polices » dans le sens où il ôteraient aux exploités toute énergie pour se révolter.

 

 

 

 

 

 

 

II / Le travail  = une mort prématurée

 

 

 

Les conditions de travail dans l’Histoire ont souvent été négatives. Esclavage, servage, salariat en sont les grandes formes de son organisation.  Pour Karl  Marx les conditions de travail déterminées par les structures politiques d’une part  et techniques de l’autre permettent  l’exploitation de l’Homme par l’Homme. Celle-ci produit à son tour des conséquences néfastes qui rendent le travail hostile à la vie.

 

 

 

 

 

A) L’exploitation du travail

 

 

 

 L’exploitation du travail peut prendre des formes visibles comme dans l’esclavage et plus dissimulée comme avec le salariat. D’après Marx le travail salarié dissimule une vraie escroquerie car le travail produit une richesse qui globalement ne revient pas au travailleur lui-même mais à celui qui l’emploie.

 

En effet, dans le mode de production capitaliste, les outils de productions appartiennent à des capitaux privés. L’ouvrier n’a que sa force de travail à offrir. La logique du profit consiste alors à acheter cette force de travail au plus bas coup possible pour en tirer un maximum de profit. D’après les calculs de Marx, l’ouvrier, sur une journée de 12 heures de travail, passe la moitié de son temps à enrichir le capital (l’autre moitié suffirait à amortir les coûts du travail et de la production). Marx nomme « surtravail » ce temps passé à enrichir le patron.

 

Cette exploitation est rendu possible par une révolution technique, le machinisme industriel. Le travail n’est plus synonyme de savoir-faire, de métier mais se réduit à de simples gestes répétitifs qui ne nécessite pas ou peu de qualifications. Or une  main d’œuvre peu qualifiée est facile à trouver. Dans ces conditions, le travail permet au mieux de survivre mais n’apportent pas un réel épanouissement personnel bien au contraire. Les risques d’accidents du travail sont également omniprésents.

 

 

 

B) L’aliénation du travail

 

 

 

Le travail est pour Marx  essentiel à l’Homme, il lui permet de réaliser un projet conscient et de collaborer avec autrui or les conditions de travail qui vont être imposées au cours de l’Histoire détruisent totalement ce que le travail pourrait avoir de bénéfiques.

 

La division  technique du travail en gestes simples et répétitifs (travail  à la chaine) accroit la productivité comme l’a montré Charles Taylor mais transforme le travail en activité répétitive nuisible pour le corps et l’esprit. Les douleurs physiques et l’ennui dominent. La vraie vie commence alors quand cesse le travail. Le temps de travail est vécu comme du temps mort, comme un temps perdu que l’on sacrifie pour assurer sa survie.

 

On se tue au travail comme le dit l’expression populaire. A cela s’ajoute la division entre la conception et l’exécution des taches, l’opposition entre le travail manuel et intellectuel qui refuse aux exécutants le droit de penser à leur travail et parfois même de se représenter le produit fini à la réalisation duquel ils ont pourtant contribué.  Le travail de l’ouvrier parait chétif devant les énormes forces de l’industrie qui incarnent la puissance du Maitre.

 

 

 

Bilan-transition

 

Ce constat négatif concernant le travail doit-il conduire à vouloir absolument  le fuir pour vivre vraiment ? Mais comment cela serait-il possible puisque  l’humanité ne peut pas vivre sans travailler ?  La première solution qui a été trouvée est l’exploitation : dominer une personne ou un groupe pour qu’ils travaillent à votre place ; une autre solution consisterait à améliorer les conditions de travail pour les rendre plus compatibles avec une existence véritablement humaine.

 

 

 

 

 

 

 

III Les progrès du travail :

 

 

 

 

 

1) La lutte pour les droits

 

Les améliorations des conditions de travail sont en grande partie liées aux luttes politiques du 19ème et 20ème  siècle en Europe qui ont contribué à améliorer les protections des travailleurs. La naissance des syndicats, le droit de grève, la mise en place d’allocations et de protections sociales. Les congés payés, la réduction du temps de travail, l’établissement d’un salaire minimum sont des étapes clés dans la diminution des contraintes qui pèsent sur le travail. Il reste certes beaucoup d’abus et de progrès à accomplir notamment pour ceux qui ne bénéficient pas de ces droits.

 

 

 

2) Le rôle du progrès techniques

 

 

 

L’un des facteurs qui a grandement contribué à améliorer les conditions de travail reste également le progrès technique. La robotisation par exemple libère l’Homme des travaux répétitifs, l’utilisation de machines –outils diminue les contraintes physiques. Cependant ce progrès a également pour conséquences de supprimer les postes les moins qualifiés. Pour Hannah Arendt le risque est alors d’avoir créé : « une société de travailleur sans travail » , les masses en perte de repères et d’identité pourraient être manipulées à des fins politiques comme dans les régimes totalitaires.  D’autres économistes comme Schumpeter évoquent une destruction créatrice, le progrès technique détruit des emplois pour en créer de nouveaux. (mais ce sont souvent des emplois plus qualifiés qui exigent donc plus de temps de formation).

 

 

 

Conclusion

 

Le travail est la meilleure et la pire des choses. Il peut permettre à l’Homme non seulement de vivre par la satisfaction de ses besoins mais de bien vivre en lui apportant la joie de développer ses qualités intrinsèques et d’être utiles aux autres. Liberté et bonheur pourraient alors récompenser les efforts du travail. Cependant, on constate aussi que le travail peut devenir une forme d’exploitation qui aliène totalement le travail  en renforçant ses contraintes, c’est une mort prématurée qui attend alors l’Homme.

 

Ainsi pour répondre à la question initiale, certes le travail ne permet pas d’échapper à la mort physique (qu’est ce qui le pourrait ?) mais il peut permettre de profiter plus ou moins bien de son existence. Quant à la survie de l’âme pour les croyants, elle dépend sans doute plus des bonnes actions que du travail à proprement parler.

 

 

 

 

 

 

 

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