Lorsqu'on commence la philosophe, on se pose légitimement une question toute simple :  qu'est-ce que la philosophie ? Or cette question en apparence facile est déjà elle-même plutôt complexe car la philosophie ne s'enferme pas dans un seul type de discours ou une seule façon de penser. Il faut toutefois tenter d'y répondre car comment "faire de la philo" si l'on ne sait pas en quoi elle consiste ?

 

C'est en revenant à son origine que l'on pourra probablement mieux saisir les caractéristiques de la pensée philosophique qui s'est développée au fil des époques et donc éclairer au mieux cette question.     Commençons donc par "le commencement". 

  

1) L'étymologie du terme philosophie

  

Le terme philosophie vient du grec "philosophia". Ce mot est composé d'un verbe et d'un nom. Le verbe  "Philein" en grec signifie "aimer" et le nom "sophia" signifie "sagesse". Ainsi l'expression "philosophia" peut se traduire littéralement par : "j'aime la sagesse" mais est le plus souvent traduit par l'expression :

"l' amour de la sagessse".

  

Le philosophe est donc celui qui aime, c'est-à-dire qui désire, qui cherche à atteindre ou à pratiquer la sagesse. L'idée de désir est associée ici à un manque, une  absence que l'on cherche à combler.

 

Mais que représente précisément ce terme ? Quel sens donner à ce terme de sagesse ?

  

 

 2) La philosophie = une recherche du savoir

  La sagesse, "sophia" comporte de nombreux aspects. Dans l'antiquité, on qualifie de "sophos"(sage)  une personne qui se démarque du reste des hommes par l'étendue de son savoir, de ses connaissances. 

 Le philosophe serait alors celui qui cherche à atteindre un idéal de connaissance dont le terme ultime est la vérité.  Cette recherche de connaissance met en oeuvre la raison de l'Homme. La philosophie se distingue des autres formes de savoirs par l'usage de la raison dans cette quête du vrai. C'est pourquoi pendant des siècles  sciences et philosophie ne seront pas distinguées.

 

A l'origine, les  philosophes que l'on nomme  présocratiques (parce qu'ils ont vécu avant Socrate autour du 6 ème siècle avant J.C) ont cherché à comprendre le monde qui les entourait non plus en se référant aux croyances et aux mythes mais en utilisant la raison et en cherchant des explications naturelles pour expliquer les phénomènes qu'ils pouvaient observer. Thalès explique par exemple le phénomène des éclipses à partir  du mouvement des planètes et non plus en recourant  aux  coyances traditionnelles, aux mythes. Historiquement, la philosophie est contemporaine de ce qu'on a appelé "le miracle grec", l'essor des sciences (mathématiques, astronomie...) fondé sur l'usage de la raison.

 

  Mais peut-on assimiler le philosophe à un simple savant c'est-à-dire à celui qui possède des connaissances et un savoir théorique sur le monde ?

 

Rechercher la vérité, c'est déjà se demander si ce que l'on sait est vraiment fondé et c'est pourquoi Socrate apparaît comme l'une des grandes figures du philosophe. Socrate expose ses doutes et pose des questions à ceux qui prétendent savoir ou connaître. Il s'aperçoit  que les hommes prétendent souvent savoir ce qu'ils ignorent or croire  savoir est la pire des ignorances car on reste dans son ignorance. Il cherche alors à faire partager cette prise de conscience à ses concitoyens en les interrogeant sur  ce qu'ils croient savoir. Pour Socrate, utiliser sa raison, c'est d'abord se poser des questions et penser par soi-même plutôt que de s'en remettre à l'opinion des autres et aux traditions. Pour autant Socrate ne cède pas au scepticisme qui remet en doute les capacités de  l'Homme pour découvrir  la vérité ni au relativisme des Sophistes.

 Cependant à force de remettre en cause les préjugés de ses concitoyens, il finit par s'attirer des ennemis qui lui intenteront un procès au terme duquel  il sera condamné à mort par le tribunal d'Athènes. L'apologie de Socrate et le Phédon rédigés par Platon, l'ami et le disciple de Socrate, permettent de découvrir la vie et la pensée de Socrate à partir de ses derniers moments.

  

Le doute que fait porter Socrate sur la fiabilité  des connaissances et du savoir permet de s'interroger sur les différentes façons de connaître la réalité. Platon et Aristote traiteront ces questions de façon approfondie dans leurs œuvres. Qu'est-ce que connaître ? Quel est le fondement de la connaissance ?  Comment découvrir la vérité ? Peut-on même y parvenir dans tous les cas ? [voir le texte  de Platon l'allégorie de la caverne notamment qui aborde ces questions]

 

Cependant si la philosophie relève de la connaissance, n'est elle -pas exclusivement théorique comme on a pu souvent lui reprocher ? Ce serait négliger le fait que la découverte d'une vérité peut provoquer un changement radical dans le comportement, dans l'attitude et la façon d'être de l'individu. A l'inverse vivre dans l'erreur ou l'illusion n'est pas sans conséquence sur la conduite et le comportement.

 

3) La philosophie = réflexion sur les valeurs et les buts.

 

Si la connaissance de la vérité apparaît comme essentielle, il ne demeure pas moins que la philosophie ne peut se séparer de questions plus existentielles concernant la valeur et les buts de l’action humaine. Revenons à Socrate, celui-ci utilise sa raison mais surtout pour s'interroger sur des questions morales : qu'est- ce que la vertu ? qu'est- ce que le bien ? que faut-il faire pour être vraiment heureux ? Se tromper sur ces questions a en effet des conséquences très importantes sur la vie des Hommes.

  

Cet aspect de la pensée philosophique est très important : il s'agit d'une interrogation sur les valeurs et sur les buts que l'Homme peut se proposer. Ainsi si l'on s'interroge sur le but ultime de l'Homme, on ne manquera pas de dire qu'il s'agit du bonheur mais comment le définir plus précisément (s'agit du plaisir, de la liberté, de la vertu ?). Ce sont ces préoccupations que l'on pourra retrouver dans les textes des philosophes Stoïciens et Epicuriens notamment. (Voir la Lettre à Ménécée d'Epicure qui porte sur les conditions du bonheur et le Manuel d'Epictète philosophe qui appartient au courant des Stoïciens.)

 

Pour conclure :

  

L'idéal de la philosophie consiste à utiliser sa raison pour mieux connaître mais c'est aussi mieux connaître pour mieux agir. En effet, La connaissance du vrai peut jouer un rôle sur la liberté qui elle-même modifie nos conditions d'existence et influence le bonheur.

 En tant que discipline scolaire, la philosophie a une ambition beaucoup plus modeste, elle se limite surtout à favoriser  l'usage de la raison pour développer l'autonomie de la pensée (formuler des questions, développer son sens critique sur ses connaissances, argumenter de façon rationnelle) mais on peut toujours espérer  que le cours de philosophie favorise un développement  intellectuel et personnel plus complet.

 

 

 

 

 

Petit Quizz   -   A vous de répondre :

 

  

 

  • Je connais l'étymologie du terme philosophie ?

 

  

 

  • Je sais situer l'origine (provenance et date) de la philosophie ?

 

   

 

  • Qu'étudiaient les philosophes présocratiques ?

 

  

 

  • Quelle est la particularité de la pensée de Socrate ?

 

 

 

  • Qui sont les sophistes ? Qu’affirment-ils concernant la vérité ?

 

 

 

  • La sagesse a- t-elle exclusivement une dimension théorique ?

 

 

 

  • Quelle la question centrale de la philosophie selon Epicure ?

 


Illustrations, références, prolongements:


On utilise souvent la lettre "Phi" de l'alphabet grec comme abréviation du terme philosophie.


L'étymologie est la discipline qui étudie l'origine des mots. L'étymologie du terme philosophie est "philosophia" qu'on peut traduire par l'amour de la sagesse.


On attribue l'invention du mot grec philosophe à Pythagore, savant grec du VIe siècle avt. J.C. Pythagore refusait de se considérer lui-même comme un sage (sophos), car la possession de la connaissance est un privilège des dieux. Il préférait plus modestement être appelé « amoureux ou ami de la connaissance » (philosophos).


      Les présocratiques:

Ce terme regroupe un très grands nombres d'auteurs: Thalès, Pythagore, Anaximandre, Empédocle.... Leurs pensées sont très différentes mais leur point commun est de chercher à   proposer de l’univers et de sa genèse (ses débuts) une explication rationnelle. Ce ne sont plus des dieux qui gouvernent le monde mais des principes permanents (les nombres, l’air, le feu) qui non plus rien de surnaturel. Ainsi la pensée s ‘affranchit de la tutelle des mythes.

Voir: J.P Dumont -Les écoles présocratiques.

 

 

 


Piste pour une problématique : quel est le rapport entre le savoir et le comportement de l'Homme. Posséder des connaissances permet -il d'agir de façon plus sensée ?


Les sophistes. Socrate et Platon apportent une vision négative de ces  personnages : brillants  orateurs, ils utilisent la force persuasive du discours pour faire triompher n'importe quelle cause dans les débats publics sous prétexte que la vérité n'existerait pas.


L'école d'Athènes par le peintre Raphaël. Au centre Platon et Aristote.



La mort de Socrate, Jacques Louis David


Vidéo du cours

REGARDER LA VIDEO SUR SOCRATE DANS SON CONTEXTE HISTORIQUE